Un loup dans la ville

Léopard surprise

Alors que je m’en allais travailler ce matin, marchant d’un pas léger dans la fraicheur matinale, l’humidité ambiante contribuant à accentuer légèrement la sensation de froid sans pour autant la rendre désagréable, j’observais la brume qui couvrait le paysage un peu partout. Ca donnait un ton légèrement plus blanchâtre que d’habitude, mais rien de bien inquiétant car on voyait encore loin. Le moment était agréable et je savais que la journée allait être longue alors je ne me pressais pas. A l’approche du bâtiment où je travaille, alors que je m’apprêtais à couper la musique qui accompagnait mon trajet, j’ai vu du coin de l’œil que quelqu’un me dépassait progressivement.

Lorsque la forme entra dans mon champ de vision, je reconnu un parapluie grand ouvert, mais pas n’importe quel parapluie : un parapluie léopard. Comment peut-on arborer un tel ustensile ? Par ce seul détail, rapidement confirmé par des bottines assez quelconques et une démarche qui n’avait rien d’affriolant, je devinais que l’animal qui m’avait dépassé était ce qu’on appelle communément une fille. Et déjà je me questionnais : il y avait le motif étrange du parapluie qui était assez bizarre en lui-même, mais je ne comprenais pas pourquoi elle portait un parapluie alors qu’il ne tombait pas une seule goutte de pluie, pas plus que je n’en voyais la moindre trace sur le tissu de son parapluie. Ca ne pouvait pas être non plus pour se protéger du soleil puisqu’elle n’avait pas dû en voir le moindre rayon dans la brume matinale. J’ai donc supposé qu’elle avait dû passer par un coin où il avait dû tomber une goutte et demi, ou alors qu’elle devait avoir une permanente comme seule les filles savent s’en faire faire par leur coiffeur, permanente qui serait vraiment très sensible à l’humidité au point de ne pas supporter la brume dont le parapluie ne la protègerait pas et qu’elle pouvait encore moins risquer qu’une petite goutte de pluie lui mouille le cheveux sous peine de tout faire retomber comme un mauvais soufflé qu’elle aurait sorti trop tôt du four. Mais je me perdais en conjectures inutiles…

Lorsqu’elle arriva à hauteur de la porte d’entrée, la fille referma son parapluie. Et je me suis à nouveau posé moult questions. Car sous son parapluie, ce n’était pas une permanente qu’elle arborait, mais une grosse casquette qui aurait de toutes façons protégé la tignasse qui en dépassait et qui ne devait sans doute même être permanentée. J’en ai encore moins compris pourquoi elle avait ouvert son parapluie pour protéger sa tignasse qui n’en avait pas besoin d’une pluie qui n’existait pas. Mais j’ai compris que jamais je ne comprendrai comment ça fonctionne une fille… En même temps, c’est pas bien grave.


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