Rendez-vous réussi : le bar
J’avais roulé toute la matinée. J’avais travaillé toute l’après-midi. J’étais bien content de pouvoir enfin me reposer. Je n’avais pas envie de chercher un resto très longtemps alors quand j’ai vu le panneau, je me suis dit que j’allais me faire une soirée thématique. Parfois, j’aime bien les clichés ! J’ai donc commencé par me faire un resto grec avant de m’enfourner dans le bar gay local.
Je suis arrivé dans le bar en même temps qu’un autre gars qui m’a demandé quel genre de soirée il y avait ce soir-là. Comme c’était la première fois que j’ouvrais cette porte, je ne savais évidemment pas lui répondre mais je me posais des questions, je n’avais pas réalisé que ça pouvait être un bar à thèmes et que je risquais d’être hors du cadre. C’est quand il a reposé la question au barman que les choses sont devenues plus claires : on lui avait indiqué que c’était un bar pour célibataires, et quand le barman lui a révélé qu’il s’agissait d’un bar gay, le pauvre célibataire n’a pas demandé son reste et est reparti aussitôt. Pas sûr qu’il ait apprécié l’humour de ses amis.
Lorsque je me suis installé au bar, j’ai de nouveau eu un peu peur en réalisant que nous n’étions vraiment pas nombreux : moi, un autre client et le barman. Je me voyais déjà boire mon coca dans un silence de mort sans rien avoir à observer et repartir très vite. Mais finalement, les petits comités ça facilite les contacts et timidement mais rapidement les premiers mots ont été échangés. L’ambiance s’est trouvée renforcée lorsque sont arrivés deux habitués visiblement amis du barman. En les voyant entrer en ce lieu, je les ai d’abord crus homos. Je me suis ensuite dit qu’ils devaient plutôt être bi quand je les ai rapidement entendus scander le slogan “toutes des salopes” et alors que l’un d’eux tenait absolument à m’offrir un deuxième coca, ce qui me laissait penser qu’il cherchait à me draguer. Au fur et à mesure que je les écoutais, j’ai compris qu’ils étaient simplement hétéros. J’étais amusé de constater qu’ils m’incluaient dans leur discussion comme si j’étais moi aussi un habitué, ça m’a conforté dans l’idée que les gens du Nord sont des gens ouverts, je ne suis pas sûr qu’il en aurait été de même si la scène s’était déroulé dans le sud. Celui qui m’avait offert un verre est finalement reparti sans même chercher à me faire un bisou, confirmant la totale gratuité de son geste. La discussion a continué, son compère nous racontant alors ses mésaventures, notamment amoureuses son deuxième mariage tournant encore au divorce : tromperies, mensonges, changements d’humeur, etc. il semblait ne jamais tomber que sur de véritables sorcières. Dans tout son discours, il retenait que sa seule fierté c’était son gamin, seule chose qu’il estimait avoir vraiment réussi. Moi je notais surtout que son histoire avec sa seconde femme s’était terminé comme elle avait commencé : un jour où il n’était pas en état de rentrer chez lui, elle l’avait invité à rester dormir en lui disant que s’il dormait chez elle alors il restait, et quatre ans plus tard, après une dispute, elle l’avait envoyé dormir ailleurs et il l’avait prévenue que s’il partait il ne reviendrait plus. Lorsqu’il est finalement parti, l’autre client s’est déclaré heureux d’être gay pour ne pas avoir à supporter les problèmes de divorce et de partage des enfants. Je ne me suis étonné qu’un instant du vocabulaire employé parce que je me définis comme homo, pas gay. Au final, la soirée est passée très vite : trois coca dont seulement deux payés (le tout pour moins de 4 euros, on n’est pas à Paris !), et deux bonnes heures plus tard, je suis rentré à l’hôtel avec les paupières lourdes et la satisfaction d’un soirée bien mieux remplie que celle que j’avais espérée. De quoi me réconcilier avec la perspective de fréquenter un bar.

