L’enfer blanc
Ca faisait déjà une bonne semaine que ça durait, peut-être deux, le temps passe si vite. Je m’étais presque habitué à ce froid qui m’obligeait à me couvrir plus que d’ordinaire. Je pensais avoir tout ce qu’il fallait pour y résister : l’écharpe, les gants, les mains gantées dans les poches, l’allure vive pour éviter de rester trop longtemps dans le froid et pour générer de la chaleur. Ca ne me protégeait pas très bien lorsqu’il fallait marcher jusqu’à la piscine avec presque une demi-heure de à être soumis à la fureur des éléments entre la sortie du boulot et l’arrivée à la piscine, et je trouvais presque normal d’avoir à l’arrivée les pieds tout engourdis que l’eau pourtant chaude de la piscine peinait à réchauffer. Mais j’avais oublié le vent… Et matin, le vent avait forci. En à peine 10 minutes de marche, j’avais déjà mal aux oreilles. Mais ce n’était que le froid, c’était éphémère donc supportable. Le pire est arrivé en milieu d’après-midi : un presque rien qui virevoltait dans l’air, qui semblait s’accumuler sur le patio sur lequel donne la salle de réunion, qui ne présageait rien de bon mais qui ne semblait pas bien méchant, juste désagréable. Ce n’était pas vraiment de la neige, plutôt de minuscules cristaux de glace, alors je n’y ai plus fait attention. C’est à la nuit tombée, lorsqu’il fut enfin l’heure d’affronter le froid que j’ai compris : nous avions été épargnés jusqu’à présent, mais cette fois c’était bien la neige qui était là, tombée finement, sournoisement, mais suffisamment pour s’accumuler sur quelques centimètres. Les routes étaient blanches. Les voitures roulaient au ralenti. Pas de quoi provoquer de gros bouchons, on n’est pas à Paris non plus où tout le monde panique pour beaucoup moins, mais en fondant progressivement au passage des voitures, elle commençait déjà à se révéler dangereuse sur le sol très froid. Et l’effet patinoire déjà éprouvé sur les trottoirs en début de soirée ne pourra que se renforcer dans la nuit avec la formation de verglas. Drôle de neige en vérité et désagréable quand j’ai cru être enfin sauvé à l’approche de mon immeuble. J’ai vu un chat courir et j’ai compris ce qu’il fuyait : le vent s’est levé, j’ai vu une tempête de cristaux s’élever en l’air car ce n’est pas une neige collante, et deux secondes plus tard, le vent me fouettait longuement le visage de ces cristaux. Je n’étais pas mécontent de rentrer au chaud, mais j’ai un peu peur des prochains jours. J’avais l’intention de prendre la lycomobile pour remplir mon frigo ce soir, mais je finalement vais encore vivre pendant quelques temps sur mes réserves. Le froid sibérien me suffisait, la neige ne me manquait décidément pas…


